DigitalForYouth.be : l’entreprenariat social au service de l’inclusion digitale

DigitalForYouth.be : l’entreprenariat social au service de l’inclusion digitale

Devenu un enjeu international central dans le discours politique, social et économique, l’inclusion digitale, visant à permettre à chaque individu l’accès et le droit de participer au monde numérique, constitue un accélérateur de potentiel d’action et d’apprentissage indispensable dans la société actuelle.

En appelant à une augmentation significative de l'accès aux technologies de l'information et de la communication qui soit universelle et abordable d'ici 2020, l’Objectif de Développement Durable (ODD)9.C affirme clairement l’importance de l’accessibilité de l’information et des connaissances pour tous. Cinq ans après le lancement des ODD, la crise du coronavirus nous rappelle que le chemin pour réaliser cet objectif est encore long. En révélant la fracture numérique au sein de nos sociétés, la pandémie de COVID-19 a mis en évidence l’importance de l’inclusion digitale. Quelques mois plus tard, à l’aube d’une rentrée scolaire aux accents de COVID-19, la mission du partenariat entre DNS Belgium et Close The Gap, à l’origine de l’asbl Digital For Youth, prend tout son sens : soutenir les écoles et les organisations qui s’engagent à combler la fracture numérique en Belgique avec du matériel informatique remis à neuf. En fournissant un PC portable à plus de 10.000 étudiants en Belgique, Digital For Youth pose un acte fort, mais de grands défis restent à venir…

De la naissance d’un partenariat à une success story de l’économie digitale

Signataire de la Charte « SDG for International Development », l’entreprise belge Close The Gap a débuté son partenariat avec DNS Belgium en 2009, donnant naissance au fonds PC Solidarity. Cette collaboration était à l’époque centrée sur les adultes, afin de les soutenir dans leurs démarches d’insertion sur le marché de l’emploi, ce que Philip du Bois, fondateur de DNS Belgium, qualifie d’« Aide au développement de l’économie digitale » (Philip Du Bois, fondateur et directeur général de DNS Belgium). Dix ans plus tard, les deux organisations, fidèles à leur ADN digital, poursuivent leur ambition de rendre disponible du matériel informatique remis à neuf, en diversifiant son spectre : ils constituent une nouvelle asbl dont le mandat vise à fournir un support aux jeunes entre 6 et 24 ans, Digital For Youth. « Nous souhaitions d’une part prendre en compte les jeunes qui n’ont pas les moyens, et d’autre part, ceux qui possèdent un téléphone mais ne sont que consommateurs du numérique, pas de véritables acteurs-créateurs. », explique Philip Du Bois. L’objectif initial de l’asbl était de faire don de 1.000 à 1.500 ordinateurs à des organisations sélectionnées via appels publics par la Fondation Roi Baudoin, en fonction de leurs besoins numériques et de leur impact dans la société.

Mais les fondateurs de Digital For Youth n’auraient pas pu imaginer la tournure que prendrait leur organisation après seulement quelques mois d’existence et un premier appel public : début mars 2020, la crise entraînée par la pandémie de COVID-19 éclate, forçant les écoles à fermer, les familles à se confiner, et l’éducation à complètement s’adapter en se tournant vers l’enseignement en ligne et les devoirs digitaux. L’asbl est alors inondée de demandes d’écoles, désireuses de combler le manque d’ordinateurs de leurs élèves pour poursuivre leur cursus. « Il était clair pour nous que Digital For Youth devait avoir un effet de levier. […] Les écoles sont une grande extension de l’initiative qu’on avait en tête. », affirme le co-fondateur Philip Du Bois. « Nous avons donc mis en place un crowdfunding et beaucoup de sociétés nous ont donné de l’argent et des ordinateurs. » Au mois d’avril dernier, ce sont donc 13.000 ordinateurs qui ont dans un premier temps été distribués à des écoles de Flandres, une grande partie du montant reçu provenant d’abord de l’enseignement flamand. Fonctionnant sur base d’appels publics belges et soucieuse d’agir pour le pays entier, l’asbl a dans un second temps prévu de travailler avec l’enseignement francophone pour rééquilibrer son offre. L’objectif fixé par le Cabinet du Ministre Jeholet, à réaliser d’ici la fin de l’année, est de livrer entre4.000 et 5.000ordinateurs aux élèves d’écoles secondaires de la Fédération Wallonie-Bruxelles qui ne disposent pas d’ordinateurs à la maison.

Une carte à jouer pour les entreprises

En plus d’être basée sur un partenariat solide entre deux acteurs qui partagent la même vision de la société digitale et de son avenir, Digital For Youth, afin de répondre à la demande exceptionnelle post-crise, s’est alliée à des entreprises engagées dans la réalisation des objectifs du développement durable et dans le digital pour bâtir de nouveaux partenariats. Ces entreprises constituent désormais un chaînon indispensable du fonctionnement de l’asbl. Sans ces dernières, répondre à la demande des écoles et s’inscrire dans la durabilité serait impossible. A titre d’exemple, le célèbre cabinet d’audit et de conseil Deloitte, renouvelant les ordinateurs de ses employés tous les trois ans, a décidé de donner 1.000 PC à Digital For Youth, soit un quart des ordinateurs des 4.000 employés actifs de l’entreprise. Déjà partenaire de Close The Gap dans un autre projet d’inclusion digitale, Virtual Hug, destiné à lutter contre la solitude chez les personnes âgées en maison de repos, les patients des hôpitaux et les personnes en situation d’handicap en centres spécialisés, Deloitte s’engage un peu plus envers une société impliquée dans l’évolution numérique : « en soutenant Digital4Youth, nous portons notre pierre à l’édifice en tant qu’entreprise en nous engageant activement à inclure l'ensemble de la société dans l'évolution numérique que nous traversons. », explique Hilde Van de Velde, Chief Purpose Officer de Deloitte Belgique. « Nous partageons les valeurs et objectifs de Digital4Youth pour un avenir durable, tant sociétal que matériel, en contribuant au matériel informatique remis à neuf disponible aux étudiants qui en ont le plus besoin. », complète-t-elle. « Les ordinateurs donnés par les entreprises triplent ou quadruplent notre volume. Environ deux tiers des ordinateurs que nous distribuons sont ceux que nous recevons des entreprises. Le reste est acheté en seconde main. », argumente Philip Du Bois. Après le reconditionnement et l’installation des logiciels par l’association, les ordinateurs prennent une valeur ajoutée d’environ 100 euros, ce qui redonne vie à des ordinateurs qui valent entre 250 et 350 euros.

A l’école, le PC ne peut plus être ignoré

Parmi les premiers bénéficiaires en Flandres, le Richtpunt Campus, un campus universitaire situé à Gand où se trouvent trois écoles de l'enseignement technique et professionnels, a reçu une centaine d’ordinateurs. « Beaucoup de ces jeunes vivent dans des situations de vulnérabilité. Soit ils n’ont pas de ressources numériques à la maison, soit ils ont de nombreux frères et sœurs avec lesquels ils doivent partager un ordinateur. Parfois, ils sont obligés de faire leurs devoirs la nuit. », raconte la directrice du Campus, Paulette de Vetter. Pourtant, l’ordinateur fait désormais partie intégrante des cursus scolaires et universitaires : «  avoir un ordinateur permet aux étudiants d'accomplir beaucoup plus facilement leurs tâches, de suivre les leçons en ligne ou de faire des recherches en classe. Le PC ne peut donc plus être ignoré dans le programme scolaire. », conclut la directrice. Mettre à disposition des étudiants des ordinateurs portables d’occasion, mais également un accès WIFI et des logiciels gratuits, fait partie de la stratégie du campus pour développer l’inclusion digitale. « Si nous voulons offrir à tous les jeunes une éducation de qualité qui les prépare aux défis qu'exigent les employeurs, nous devons continuer à investir dans les ressources numériques, en particulier pour les jeunes en situation de vulnérabilité. Ils sont souvent les premières victimes dans notre société, s'ils ne peuvent pas ‘suivre’ », affirme la directrice.

Des enjeux de taille pour le futur

La crise et le confinement engendré par le coronavirus ont démontré qu’il y avait un grand besoin d’ordinateurs en Belgique et que tout le monde n’était pas égal face à la transition numérique opérée. A crise exceptionnelle, besoins exceptionnels : l’association Digital For Youth a réagi de façon conséquente à l’appel des écoles et de nombreuses entreprises se sont montrées ouvertes et enthousiastes à la démarche. « Notre plus grand défi pour le futur est d’obtenir suffisamment d’ordinateurs. Il faudrait alors répondre à un besoin de 10.000 – 20.000 ordis par an. », déclare Philip Du Bois. Des partenariats durables sont en voie d’être bâtis, notamment avec Deloitte, et les fondateurs Olivier Vanden Eynde (Close The Gap) et Philip Du Bois (DNS Belgium) disent vouloir parvenir à 10-15 partenariats fixes pour faire face à la demande et rester économiquement viable. Si la crise a dans un premier temps entrainé une communication virale autour de Digital For Youth, un travail de communication et de démarchage reste à faire dans les mois à venir pour rallier de nouvelles entreprises à la cause.

Du côté des entreprises, si la démarche opérée par Digital For Youth peut être considérée comme du « recyclage » grâce à la nouvelle vie offerte à leurs « vieux » PC, le prochain défi pour atteindre les ODD est de chercher à combiner cette démarche d’inclusion digitale avec une volonté de prolonger la durée de vie des ordinateurs et de recycler les composantes. Car, faut-il le rappeler, atteindre les ODD, c’est aussi diminuer l’impact de la production et augmenter la circularité.

Rédaction : Apolline Stockhem