Les SDGs ont 5 ans : « Nous pouvons y arriver tous ensemble, ou pas du tout »

Sustainable Development Goal(s): 17. Partnerships for the goals

Priorities for change: Transversal
Les SDGs ont 5 ans : « Nous pouvons y arriver tous ensemble, ou pas du tout »

Où en sommes-nous avec nos objectifs durables, notre guide vers un monde meilleur, 5 ans après l’introduction des Sustainable Development Goals ? L’économiste Guillaume Lafortune, coordinateur du rapport SDSN qui classe les pays en fonction de leurs progrès, fait le point. Avec un résultat de 80 %, notre pays y occupe la 11e place. Cependant, sur le plan climatique, notre pays, mais aussi le monde entier a encore un long chemin à parcourir.

Les Sustainable Development Goals succèdent aux huit Objectifs du Millénaire (OMD), qui étaient la norme de 2000 à 2015 et qui concernaient surtout la pauvreté, la faim et la mortalité infantile. Les Ojectifs de Développement Durable, qui sont en vigueur depuis la fin de leurs prédécesseurs, vont jusqu’en 2030. D’ici là, le monde doit avoir accompli de sérieux progrès sur pas moins de dix-sept objectifs, de la santé à la biodiversité. Une liste d’actions pour le monde, si nous voulons préserver cette planète et protéger ses habitants. Même si Guillaume Lafortune, économiste au sein du Sustainable Solution Network (SDSN) le formule d’une façon différente. « Je vois les SDG plutôt comme une sorte d’indicateur d’orientation stratégique, une voie que nous devons emprunter pour les dix prochaines années. »

Nous dirigeons-nous vers la voie durable ?

Lafortune coordonne un rapport du SDSN et de la fondation allemande qui examine l’état des SDG après cinq ans. Le SDSN tire ses conclusions à partir des données des organisations des Nations Unies, dont la FAO, l’OIT, la banque mondiale et l’OMS, de sources scientifiques et de chiffres provenant d’ONG telles qu’Oxfam et Tax Justice Network. « La bonne nouvelle c’est que les dernières années, des progrès ont été réalisés » conclut Lafortune à l’issue de cette étude. « Les pays asiatiques se portent très bien », donne-t-il en exemple « et en ce qui concerne les SDG 1 et 3, les objectifs par rapport à la pauvreté et la santé que nous connaissons déjà depuis les Objectifs du millénaire, de grands progrès ont été réalisés dans le monde entier. »

Bien que les données recueillies montrent que le monde est en meilleure santé et moins pauvre qu’il y a cinq ans, la crise du Covid-19 a frappé dès l’achèvement de l’enquête sur les données. « Suite à cette crise, beaucoup de personnes ont perdu leur emploi, ce qui a entraîné une hausse de la pauvreté. Ceci aura certainement des répercussions sur l’avancement des SDG. Le rapport est prudent à ce sujet : pour la plupart des objectifs, il y a un ‘impact moyen à très négatif’, pour d'autres, nous ne pouvons pas encore connaître l'impact. Même pour les objectifs pour lesquels certains sont relativement optimistes, comme le climat qui a eu un peu de répit, à long terme, je vois surtout des effets négatifs”, ajoute l’économiste. « Lorsque l’économie a redémarré après les mesures de confinement très strictes, les émissions de certains pays étaient même supérieures à celles mesurées avant la crise. De plus, beaucoup de pays risquent de suspendre leurs ambitions climatiques pour d’abord pouvoir faire face à cette crise humanitaire. »

« Tous les objectifs qui concernent notre environnement – consommation et production responsables (SDG 12), agir pour le climat (SDG 13), la vie aquatique (SDG 14) et la biodiversité (SDG 15) – sont des objectifs qui connaissaient déjà des difficultés », souligne Lafortune. « C’est l’une des conclusions du rapport : malgré les progrès globaux, il y a une différence importante entre les progrès des différents objectifs. Le SDG 2, aussi, qui se concentre sur la sécurité alimentaire, l’agriculture durable, l’élimination de la faim et l’amélioration de la nutrition ne se porte pas mieux : une partie du monde ne mange pas à sa faim, dans une autre partie les personnes souffrent d’obésité. » Il y a donc beaucoup de pain sur la planche, pour tous les pays.

Que représente un 8 sur 10 pour la Belgique ?

Après une évaluation générale et une estimation de l’impact de la crise du Covid-19 sur les SDGs, SDSN ajoute un classement au rapport. Dans ce document, Lafortune et son équipe décrivent les progrès de tous les États membres de l’ONU en fonction des 17 SDGs. De la Suède en pole position à la lanterne rouge de la République centrafricaine : chaque pays reçoit un score ainsi qu’une feuille de notes détaillée. La Belgique rate le top 10 de justesse et se retrouve à la 11e place, entre l’Estonie et la Slovénie. Globalement le score correspond à exactement 80 pour cent. Un 8 sur 10 semble un bon résultat, jusqu’à ce que nous examinions de plus près la feuille de notes.

D’une part, la Belgique, contrairement à ses ‘pays voisins’, n’obtient pas une seule case verte. En d’autres termes, elle n’a atteint aucun des SDGs jusqu’à présent. À titre de comparaison : l’Estonie obtient de bonnes notes en matière d’éducation (SDG 4) et de biodiversité (SDG 15), la Slovénie a reçu des éloges pour sa lutte contre la pauvreté (SDG 1) et ses solides institutions juridiques, politiques et policières (SDG 16). Nos véritables voisins peuvent également cocher au moins un objectif : les Pays-Bas et la France sont à la hauteur en matière de lutte contre la pauvreté (SDG 1), au Luxembourg, qui par ailleurs se situe 40 places plus loin dans le classement général, les personnes sont en assez bonne santé, tant mentalement que physiquement (SDG 3).

D'autre part, la Belgique n'est pas très performante en termes d'impact sur les autres pays. Notre pays n'est pas classé 11e, mais 149e, si l'on considère le ‘spillover index’. De plus, notre pays recule en termes de climat (SDG 13) plutôt qu'il avance, sans même tenir compte du mauvais score de l'indice de spillover.

Concrètement, que signifie le spillover ?

Un ‘spillover’ ou débordement signifie que les pays externalisent des pratiques, souvent les plus néfastes, tant sur le plan social qu’écologique vers l’étranger. Un pays peut ainsi émettre peu de CO2, mais être responsable d’émissions élevées dans les pays de production d’où il importe son acier, son ciment ou même ses vêtements, par exemple ». Dans le rapport, Lafortune cite l’activiste climatique Greta Thunberg, qui qualifie un spillover de creative carbon accounting : la comptabilité carbone créative. « Aujourd’hui les pays européens n’obtiennent pas un mauvais score dans le domaine du textile, par exemple, car ils doivent rendre compte uniquement de leur consommation et non des conséquences sociales de la production. Lorsque la production n’est pas prise en compte, vous ne racontez pas toute l’histoire. »

Tous les pays ensemble, tous les objectifs ensemble

La Belgique émet beaucoup de CO2 à elle seule. « 8,8 tonnes par personne et par an », lit Lafortune dans le rapport, « sans tenir compte de ses retombées à l’étranger. C'est beaucoup plus que le maximum de 2 tonnes par personne et par an sur lequel insistent les climatologues. La Belgique est donc loin d'en faire assez pour se conformer à l'accord de Paris, dans lequel il a été convenu de ‘limiter le réchauffement climatique à un degré et demi ».

La Belgique n’est pas le seul pays qui ne respecte pas ses engagements pris. Pour l’instant, aucun pays riche ne fait assez d’efforts pour réaliser les SDGs climatiques avec brio. « C’est un problème énorme, parce que les SDGs auront de la valeur que lorsqu’ils seront atteints globalement par tout le monde » juge Lafortune. « Peu importe qu’un pays obtienne de bons résultats tant que les autres pays échouent. Nous devons les atteindre tous ensemble : tous les pays ensemble, tous les objectifs ensemble. Sinon, nous n’y arriverons pas. »

Afin d’encourager les organisations de notre pays à s’engager davantage pour le climat, le 12 octobre, The Shift lancera une alliance pour le climat avec le WWF : The Belgian Alliance for Climate Action. Cette alliance encourage les organisations et entreprises à s’inscrire, à partager leurs connaissances et à se fixer des objectifs concrets et scientifiquement fondés.

La dernière semaine d'octobre est entièrement consacrée aux SDGs. Le SDG Forum, les 28 et 29 octobre, passera au numérique cette année. The Shift organise le Forum en collaboration avec l’IFDD, l'AMS, l'UA, le gouvernement flamand, le SPW, la FEB et d'autres partenaires. Vous trouverez de plus amples informations sur notre site web.

Rédaction : Sarah Vandoorne