Une sortie de crise à revoir

Une sortie de crise à revoir

Ce mercredi 2 septembre, The Shift a réuni une quinzaine d’acteurs qui font, chacun à leur façon, un plaidoyer pour une autre sortie de crise. L’objectif ? faire le pont entre ces initiatives et explorer les pistes de collaboration pour renforcer le message. Il y a urgence pour la transition, nous avons besoin d’un nouveau rapport de force.

Après une introduction sur le « flow » de la réunion par Kurt Peleman, notre modérateur pour cette session, je laisse mon compte Zoom « envoyer » les participants dans des « rooms » pour des discussions en petits groupes sur les questions suivantes :

  • Quelles sont les choses concrètes qui ont été réalisées ces derniers temps ?
  • Quels sont mes projets concrets dans les mois à venir ?
  • Quelles sont les barrières auxquelles je fais face pour les réaliser ?
  • Qu’est-ce que je peux apporter aux autres pour tenter de lever ces obstacles ?

Malgré ma position de facilitatrice, restant seule dans la « room » principale pendant que de nombreuses conversations simultanées se tenaient entre les participants, j’ai pu sentir une énergie constructive et presque rageante pour faire changer les choses. Une mise en commun finale me permet de vous faire ici le résumé de ce qui s’est dit dans ces antichambres du changement.

Il y a urgence

La crise actuelle a bousculé le monde tel qu’on le connaissait, et pour ceux pour qui ce monde ne tournait pas rond, nous devons saisir cette opportunité pour aller vers la transition. On dit que l’être humain est ainsi fait qu’il ne bouge que quand le danger imminent le menace. Si cette loi s’avère correcte, il faudrait donc insister sur la notion d’urgence, la rendre plus tangible, palpable, ce qui nous pousserait donc tous à agir, collaborer et à trouver des solutions face au danger réel et présent. « Le sentiment d’urgence permettrait aussi de dépasser les égos et autres contraintes propres à chaque organisation ». Comment donc faire passer un tel message, dans le contexte actuel d’autant plus difficile qu’il est très instable et où les règles de confinement restreignent fortement la mobilisation collective ?

Une nécessaire polyphonie

« Une collaboration polyphonique embrasse la diversité sous différentes formes », commence Kurt Peleman, fondateur de The Pond & The Waterfalls. « Elle s'efforce d'obtenir une grande diversité de voix, où chaque voix est différente mais égale. Et le résultat - la mélodie - n'est pas un consensus à une voix, mais un alignement complexe et à plusieurs niveaux ».

Chacun de ces mouvements ou plaidoyers possède ses spécificités propres. Certains attaquent un angle précis, pour s’assurer un impact concret sur un point au moins et à court terme. D’autres brassent plus large et long-terme, dans une approche plus systémique, et acceptent un mouvement plus lent. Certains se concentrent sur une région linguistique, une génération, une thématique, un territoire ou un public cible particulier. Certains sont explicitement liés à la crise du coronavirus, d’autres non.

« Mais l’un dans l’autre, nous allons tous dans la même direction, nous avons un terreau commun », relève un participant. C’est justement ce « terreau de diversité très riche » qui permettra d’atteindre l’objectif voulu : « le progrès de l’humanité ». Et ici, « La collaboration a beaucoup de potentiel », insiste une autre.

Un nouveau rapport de force

Certains participants soulignent la difficulté de répondre à la troisième question sur les barrières, qui pourtant a noirci le plus de pages dans leur carnet de notes. « C’est un peu comme se concentrer sur le négatif » souligne l’une d’entre eux. « Mais c’est en effet très instructif de s’écouter les uns les autres sur ce point. Cela permet de trouver des pistes de solution ». « Il est surprenant », mentionne un participant, « que dans un contexte belge, tant d’acteurs ne se connaissent pas ».

Une des barrières qui revient souvent est celle du financement. Sans doute un défaut de notre système capitaliste ; un projet qui vise à aller vers « autre chose » que ce qui est établit ne produit aujourd’hui aucune valeur financière, puisqu’il s’agit d’un mouvement vers quelque chose qui n’existe pas encore. Cet obstacle ne manque pas de ralentir les acteurs qui font face à un immobilisme installé. « L’inertie domine, et le changement de trajectoire n’a pas lieu », souligne un participant. « Il faut appliquer un nouveau rapport de force, et cela ne se fera que si l’on est très nombreux ». 

Il semble donc nécessaire d’augmenter le son de cette mélodie commune avec de nouveaux moyens. « Nous devons massivement investir les médias avec un narratif du changement, de la transition. C’est un sujet sous le radar en ce moment, or, si on veut que cela fasse partie du nouvel accord fédéral, il faut qu’on en parle ». En parler c’est bien, mais après ?

Vers une démocratie participative

Peu importe l’angle d’attaque, nos discussions aboutissent la plupart du temps à l’éternelle question « et quoi maintenant ? ». Les participants semblent s’accorder que le changement doit s’opérer au cœur du système. « L’état comme il est conçu aujourd’hui est bloqué, et par là, les associations qui dépendent de son financement aussi ». « Ce qu’il faut changer, c’est la façon dont la population est représentée ». L’idée d’une assemblée citoyenne ou d’un forum pour la transition réunit les participants. « Nous avons besoin d’un renouvellement de la démocratie ». Voilà déjà une piste concrète à suivre.

Et vers une coalition des acteurs?

La volonté est donc là pour continuer à se rencontrer au-delà de cette introduction, à en apprendre plus sur nos projets et idées respectifs et à poursuivre la recherche de synergies possibles. The Shift s’engage à rendre possibles ces rencontres, avec l’aide précieuse de The Pond and The Waterfalls. Nous ne savons pas encore où cela mènera ni quel nom nous devrions donner à ces moments d’échange. Tout cela doit d’abord « bezinken » - pour emprunter le terme à un participant - avant de pouvoir proposer une suite plus concrète.

 

Cette première rencontre a rassemblé les mouvements et initiatives suivants : le Resilience Management group, le Plan Sophia, la Coalition Kaya, Grootouders voor het Klimaat – Grand-parents pour le climat, Observatoire pour un Green New deal, le Postcorona Mouvement, Le Club of Brussels, Extrapreneurs, The Architecture Workroom – De grote verbouwing, le CNCD, la Coalition Climat, la Coalition Corona, le Bond Beter Leefmilieu, WWF Belgium, le Forum pour la Transition, Inter-environnement Wallonie, Exctinction Rebellion. Vous souhaitez aussi nous rejoindre dans cette réflexion ? Contactez Lara.