Comment faire apparaître la durabilité dans les chiffres : un défi, mais aussi une opportunité

Sustainable Development Goal(s): 17. Partnerships for the goals

Priorities for change: Transversal
Comment faire apparaître la durabilité dans les chiffres : un défi, mais aussi une opportunité

Le fait de « faire un geste pour la société ou l’environnement » procure un sentiment de satisfaction aux dirigeants d’entreprises. Mais à l’heure actuelle, ce « sentiment de satisfaction » ne suffit plus. La durabilité devient la norme. De plus en plus, les organisations devront tenir compte des coûts et profits réels de leurs décisions. C’est exactement ce que veut dire « redefining value ». Il s’agit donc de mieux intégrer l'aspect durable dans votre gestion d’entreprise, mais aussi d’intégrer cet aspect dans les chiffres. Comment s’y prendre ? C’est un défi, mais aussi une opportunité gigantesque. Pas mal d’entreprises le font et en cueillent les fruits.

Pourquoi 'redefing value'

Traditionnellement, la valeur d’une entreprise est considérée par rapport à sa capacité à générer du « profit ». Dans ce cas, la valeur est purement financière. L’impact plus large est rarement calculé. Les effets positifs sont perçus comme « un joli bonus ». Les effets négatifs se résument souvent à des frais supplémentaires qui sont répercutés sur la société ou l’environnement.

Ce modèle traditionnel est sous pression. On est de plus en plus conscient que les entreprises ont tendance à sous-estimer leur impact positif et négatif. Et surtout du fait qu’il est injuste de répercuter les coûts sur les autres. La pression vient de partout : d’institutions internationales comme l’Union européenne, des gouvernements nationaux, mais aussi des grands investisseurs et entreprises progressistes qui ont déjà franchi des étapes. Petit à petit, la pression vient aussi du grand public. Le concept de « valeur » doit donc changer. Dans les processus de décision, mais inévitablement aussi dans le reporting financier. La valeur n’est plus en rapport direct avec le profit. Voilà pourquoi : « redefining value ».

‘Redefining value’ veut dire : trouver une meilleure définition pour la valeur que créent les organisations. Il faut trouver un lien clair et objectif entre durabilité et création de valeur afin de rendre la prise de décisions fondées plus facile. La question reste la même : quel est l’impact d’une décision d’entreprise ? La réponse quant à elle sera plus large. Elle aura certainement un impact sur la valeur financière. Mais crée-t-elle aussi une valeur écologique ? Crée-t-elle une valeur sociétale, sociale ? En Belgique ou à l’étranger ? Crée-t-elle une valeur humaine pour les intéressés directs comme les clients, le personnel, les environs immédiats ? Certaines entreprises le font déjà. Un acteur important du secteur du luxe rapporte sur ses pertes et profits financiers mais aussi écologiques. Un géant international du vêtement fait la même chose. Ceci leur permet si besoin de renverser leurs processus décisionnels.

Renverser les processus décisionnels engendre des situations gagnant-gagnant.

Renverser les processus décisionnels semble tout un défi, tandis qu’en réalité c’est une situation gagnant-gagnant. Car d’un point de vue économique, les décisions qui sont basées sur leur impact réel restent intéressantes. Mais en tenant compte d’autres critères, elles deviennent tout simplement meilleures. Pourquoi ?

  • Parce que chaque entreprise a une responsabilité sociétale. Voilà déjà 15 ans que le Forum Économique Mondial formule les plus grands facteurs à risque pour la planète. Pour la première fois, la quasi-totalité du sommet tant d’un point de vue de probabilité que d’impact est constituée de risques écologiques. Il s'agit de phénomènes météorologiques extrêmes, de perte de biodiversité, de politique climatique défaillante, de désastres naturels... La répercussion des coûts externes de notre processus économique y joue un rôle important.
  • Parce que « redefining value » est un processus qu’on ne peut arrêter. Ainsi, les grandes sociétés d’investissement, telles que les fonds de pension, ne se concentrent plus uniquement sur l’impact financier, mais considèrent l’impact total des entreprises auxquelles elles participent. Des capitaux gigantesques passent progressivement des secteurs inefficaces en matière de CO2 aux secteurs verts.
  • Parce que les autres secteurs aussi y attachent de plus en plus d’importance et y alignent leur stratégie. Les entreprises non durables risquent de perdre des clients. Parfois, ce sont de gros clients : des entreprises qui ont déjà adapté leur stratégie mettent la barre plus haut pour leurs propres partenaires aussi.
  • Et aussi parce que la prise de conscience auprès du grand public s’amplifie. Une image durable est un atout commercial. Pour les nouvelles générations de hauts potentiels, la durabilité devient un critère important pour choisir un employeur ou lui rester fidèle. Et les petits investisseurs découvrent des formules de placement durables.
  • Parce que de toute façon, il y aura des réglementations. À l’heure actuelle, les entreprises cotées en bourse sont déjà obligées de soumettre un reporting non financier. La Commission européenne conçoit de nouvelles directives pour clarifier et élargir ceci.
  • Mais surtout parce que la durabilité crée de nouvelles opportunités commerciales. La durabilisation fondamentale des produits et services peut ouvrir l'accès des entreprises à de nouveaux marchés. Ou parce que leur produit offre littéralement une plus-value et que par conséquent les clients sont prêts à payer plus cher. Ces exemples existent, tant en Belgique, qu’à l’étranger.

Rien ne fonctionne aussi bien que les entreprises qui s'inspirent mutuellement

‘Redefining value’ gagne de l’importance dans l’ordre du jour et est en pleine évolution. Les conseillers peuvent aider, mais leurs méthodes diffèrent et ne sont pas toujours simples à appliquer. Une harmonisation s’impose. De grandes entreprises internationales s’organisent. Le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD) et The European Business Network for Corporate Sustainability and Responsibility (CSR Europe) regroupent toute une série de pionniers, qui ont progressé en matière de gestion de l’eau, d’émissions de CO2, de biodiversité, de sécurité et santé, de politique du personnel... Pour ces deux réseaux, The Shift est le point de contact national en Belgique.

Pour nos propres entreprises et organisations, ce point de contact est important. Souvent, celles-ci souhaitent entreprendre des démarches, mais des questions subsistent. La plupart d’entre elles n’ont pas l’envergure nécessaire pour entreprendre les mêmes actions que les grands acteurs mondiaux qui aujourd’hui font figure de pionniers. C’est pourquoi une organisation comme The Shift peut jouer un rôle actif en tant que source d’inspiration tout en promouvant un processus décisionnel plus sain en suivant de près toutes les évolutions, en organisant des ateliers et en jouant à fond son rôle de réseau. Parce que c’est ce réseau qui favorise les échanges d’expériences et le partage de bonnes pratiques entre entreprises.