La Conférence de Paris: le bilan après 6 mois

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La Conférence de Paris: le bilan après 6 mois

Le sommet climatique de Paris (COP21) a livré en novembre dernier un accord ambitieux sur le climat. L’an dernier, The Shift, soutenu par 120 entreprises, ONG et institutions académiques belges, a adressé aux négociateurs de notre pays une lettre ouverte les invitant vivement à réagir face à l’urgence du problème climatique. Les signataires de ce courrier se sont également engagés à réduire leurs propres émissions de CO2. Lors de la réunion de suivi « The Road to Brussels » du 18 mai dernier, nous avons dressé un bilan avec une quarantaine d’entre eux et proposé à l’aide de quatre workshops des outils destinés à aider ces organisations à limiter leurs émissions de gaz à effet de serre.

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L’accord climatique de Paris peut être qualifié d’historique. Non seulement parce que 188 pays s’y sont engagés, mais aussi en raison de la nécessité de limiter la hausse de la température terrestre à maximum 2 °C, et de préférence à 1,5 °C, d’ici 2100. Un défi que l’on devrait pouvoir relever en réduisant plus rapidement l’empreinte carbone de notre économie globale, avec l’aide des énergies renouvelables. Mais la réduction des gaz à effets de serre doit être accélérée, de sorte d’arriver d’ici 2050 à une diminution globale de l’ordre de 40 à 70 % (par rapport à 2010). Il convient par ailleurs d’ouvrir la voie à une intégration du calcul du prix du carbone de chaque produit.

Les participants de notre coalition pour le climat prennent les choses très au sérieux: un nombre croissant d’entreprises adoptent des mesures pour limiter leur empreinte écologique et carbone, produire moins de gaz à effet de serre et baisser la consommation d’énergie. Si les entrepreneurs le peuvent, le grand public aussi en est capable.

Du fossile vers les renouvelables en suivant une approche circulaire

"Notre communauté tributaire des combustibles fossiles se tourne de plus en plus vers les sources d’énergie renouvelables, en suivant une approche circulaire", nous confie Jonathan Lambregs, attaché politique climat du Bond Beter Leefmilieu. "Parvenir à zéro émission d’ici 2050 sera plus facile pour certains secteurs que pour d’autres. Dans le secteur agricole ou alimentaire par exemple, les innovations technologiques ne suffiront pas. Un changement de mentalité s’impose. Et pour atteindre l’objectif 0, une multiplication par au moins quatre de la réduction actuelle en Belgique est nécessaire", précise Jonathan Lambregs. Afin d’aider la Flandre et la Belgique à mener une politique climatique disruptive, le BBL a développé 21 stratégies.

"Il convient d’instaurer une politique climatique ambitieuse non seulement en Flandre, mais aussi en Wallonie", explique Christophe Schoune, secrétaire-général de la Fédération Inter-Environnement Wallonie (IEW). Comme en Flandre fin avril, un sommet climatique se tiendra également cet automne dans le sud du pays. Le climat n’est toutefois pas uniquement une cause politique. "Il importe que les entreprises montrent leur engagement", souligne Christophe Schoune, qui plaide également pour une collaboration plus soutenue entre les fédérations professionnelles et davantage de cohérence entre l’engagement de leurs membres et celui des secteurs proprement dits.

Les entreprises ne sont pas les seules à faire entendre leur voix dans l’arène de la transition. Certains membres de The Shift mènent également des actions concrètes pour limiter leurs émissions de gaz à effets de serre. Nous vous présentons ci-après 4 pistes dégagées lors des workshops du 18 mai.

1. Harmoniser les efforts pour la planète avec des objectifs scientifiques

La clé de la réussite réside dans l’approche «Science Based Targets Initiative» (SBT), un cadre de référence pour le développement d’objectifs climatiques élaboré conjointement par le WWF, United Nations Global Compact (UNGC), le World Resources Institute et le Carbon Disclosure Project (CDP). La SBT permet donc non seulement de quantifier correctement les efforts consentis par les entreprises, mais aussi de les aligner sur ce que préconise la science pour maintenir le réchauffement climatique sous la barre des 2 °C. "Pour l’instant, 160 grandes multinationales adhèrent déjà à la SBT", explique Olivier Beys du WWF. "Pour atteindre l’ambitieux objectif de l’accord climatique de Paris, le secteur privé doit développer des modèles d’entreprise transformatifs qui vont au-delà des simples améliorations des performances. La SBT fournit aux entreprises un point de référence objectif qui leur indique la bonne direction, tout en créant le buy-in requis au sein de l’entreprise pour stimuler l’innovation autour des technologies et processus bas carbone."

Concrètement, une série de méthodologies sont mises sur pied en vue de façonner l’objectif. Olivier Beys: "Selon le contexte dans lequel l’entreprise évolue, elle optera pour l’une ou l’autre méthode. L’accès au projet est libre et chaque entreprise peut appliquer de manière autonome les méthodologies prévues. Un consultant peut néanmoins aider à définir comment mettre une SBT en pratique de façon optimale." Lorsqu’une entreprise s’engage à mener une SBT, elle dispose de deux ans pour développer l’objectif effectif. L’engagement est pris pour au moins cinq ans, mais les entreprises sont invitées à se fixer des objectifs à plus long terme (par exemple à l’horizon 2030 et 2050). "En réalité, 2050 paraît bien loin pour certaines entreprises, mais d’autre part, une SBT constitue une occasion de préparer le visage de l’économie et la société de demain. Les entreprises font donc office de pionnières, avec tous les avantages qui en découlent", conclut Olivier Beys.

Thalys a été la première entreprise européenne et la première société de chemins de fer à adhérer au programme SBT, à la fin de l’année dernière. "Notre CEO était très impliqué et y a vu une opportunité commerciale", explique Dorothée Bernier (Thalys International). "Ça nous a parfois semblé impossible, mais nous avons cherché et trouvé des solutions." D’ici 2020, la société de chemins de fer aura réduit ses émissions de CO2 de 40 %, dans un contexte de croissance. À l’instar de Thalys, Alpro, Proximus et BNP Paribas développent également une SBT.

2. Calculer le coût des émissions de CO2

Le marché du CO2 est soumis à deux mécanismes de prix majeurs. Le système de bourse du carbone («Cap & Trade», en vigueur entre autres dans l’Union européenne) impose aux pays et entreprises une limite d’émissions de gaz à effet de serre et constitue un marché organisé de négociations et d’échanges des droits d’émission. Le second mécanisme consiste en une imposition sur la base des émissions (théoriques) de CO2 ou d’autres gaz à effet de serre. Ce système a cours dans divers pays (dont le Canada, l’Irlande, le Japon et la Chine), mais pas encore en Belgique. Les entreprises s’attendent toutefois de plus en plus à l’instauration du calcul des coûts de carbone. Solvay a ainsi fixé en interne, au début de l’année, un prix du CO2 de 25 euros par tonne dans la prise de décisions d’investissements. Le groupe entend également réduire de 40 % l’impact CO2 de ses activités (par euro de valeur ajoutée) d’ici 2025.

Comment détermine-t-on ce prix ? Antoine Geerinckx de Naturalogic, un bureau de consultance spécialisé dans le capital naturel, affirme qu’il existe plus de 300 études qui s’y efforcent. Mais on distingue trois grandes approches: outre l’application du prix du marché, on peut aussi calculer le coût engendré par la réduction des émissions ou le coût social résultant des émissions. À travers différentes actions, Spadel, Beyers Koffie, bpost, Delta Lloyd Life, Telenet, Martin's Hotels et d’autres ont déjà fixé d’une manière ou d’une autre le prix de leurs émissions de CO2.

3. Les géants passent à l’électricité 100 % verte

RE100, ça vous parle? 65 grandes entreprises influentes du monde entier, parmi lesquelles Ikea, Nestlé, ING et Microsoft, s’engagent à utiliser exclusivement de l’électricité verte, qu’elles se procurent auprès de fournisseurs verts ou en produisant leur propre énergie verte. Les entreprises membres de ce réseau échangent des exemples à suivre, cherchent ensemble des solutions alternatives pour vaincre les obstacles et développent un système de reporting transparent. Le secteur privé engloutit la moitié de la consommation électrique. À mesure que leur demande en énergies renouvelable augmente, la transformation du marché de l’énergie s’intensifie, tout comme la transition vers une économie bas carbone. RE100 a été créé par The Climate Group, en collaboration avec CDP, une division de la «We Mean Business Coalition».

4. Les PME prennent elles aussi le train en marche?

Aligner ses efforts sur les objectifs scientifiques de calcul du prix du carbone peut à priori surtout sembler intéressant pour les grandes entreprises qui en ont les moyens. Or, le monde des entreprises belges se compose en grande partie de petites et moyennes entreprises. Sensibiliser ces PME à la problématique climatique constitue un défi de taille. Les participants à notre workshop sur ce thème ont dès lors suggéré d’impliquer davantage les PME pionnières dans le trajet de suivi de la réduction des émissions de CO2 que The Shift et plusieurs de ses partenaires mettent en place. Vous trouverez bientôt plus d’infos à ce sujet sur notre site Internet.

Vous avez des questions ou suggestions sur cette rencontre ou vous souhaitez rejoindre notre coalition pour le climat? N’hésitez pas à contacter Lara Piret, notre program manager.

2016.06_Road2Brussels_The Shift Introduction.pdf
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2016.06_Road2Brussels_Bond Beter Leefmilieu - J. Lambregs.pdf
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2016.06_Road2Brussels_Inter Environnement Wallonie - C. Schoune.pdf
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2016.06_Road2Brussels_Science-based targets workshop - methodology.pdf
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2016.06_Road2Brussels_Science-based targets workshop.pdf
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2016.06_Road2Brussels_SMEs workshop.pdf
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2016.06_Road2Brussels_Spadel CO2 neutral - P. Jobbé.pdf
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