Les SDGs nous aideront-ils à nous remettre sur les rails après la crise du COVID-19 ?

Sustainable Development Goal(s): 17. Partnerships for the goals

Priorities for change: Transversal
Les SDGs nous aideront-ils à nous remettre sur les rails après la crise du COVID-19 ?

Cette année, les Nations unies célèbrent le cinquième anniversaire des objectifs de développement durable. Le déclenchement de l'épidémie de COVID-19 jette une ombre sur cette étape. Cette crise nous empêchera-t-elle également d'atteindre les 17 objectifs ? Ou bien cette situation exceptionnelle offre-t-elle des possibilités de placer les SDGs au cœur du processus de relance ?

The Shift s'est entretenu avec Valérie Swaen, professeure à la Louvain School of Management, en charge notamment du baromètre sur les SDGs, et avec Igor Lefebvre, responsable de l'environnement et de la RSE chez le gestionnaire de réseau de transport Elia. 

La crise du COVID-19 va-t-elle réduire les engagements envers les SDGs ?

Valérie Swaen : « Je pense que dans les mois à venir, nous verrons pour quelles organisations les SDGs étaient surtout un engagement cosmétique. L'annulation d’actions ad hoc est un moyen facile de réduire les coûts. Mais les organisations qui ont intégré les SDGs dans leur stratégie ne vont pas simplement arrêter cet investissement ».

« A l'UCLouvain, nous sommes encore en train de développer notre stratégie SDGs et nous avons récemment décidé de continuer dans ce sens. La crise du COVID-19 met en évidence les problèmes de notre système économique et politique. Pour notre université, cela se traduit par un accès inégal à Internet pour nos étudiants. C'est pourquoi nous sommes convaincus que c'est un bon moment pour se concentrer sur les SDGs ».

Comment les SDGs peuvent-ils être un guide pour faire face à cette crise ?

Swaen : « Habituellement, des thèmes tels que l'environnement et le développement durable bénéficient de moins d'attention en période de crise économique, car il y a beaucoup d'incertitude chez les consommateurs. Nous l'avons vu dans les études sur le krach boursier de 2008. Mais cette crise est davantage liée à la façon dont nous produisons et consommons. Ce qui était autrefois une évidence n'est soudain plus possible. Les gens doivent maintenant faire face à des défis qui correspondent aux SDGs : éducation, santé, sécurité alimentaire... ».

« Le fait que les gens se sentent désormais plus impliqués est une opportunité pour les organisations qui placent réellement les SDGs au cœur de leur stratégie. Elles ont la possibilité de montrer aux consommateurs que le profit n'est pas leur seule ambition. Les entreprises qui protègent l'emploi à tout prix pendant la crise, par exemple, montrent la valeur qu'elles attachent au « travail décent », l'un des SDGs. Cette réputation les aidera par exemple à recruter de bons employés. Les étudiants qui obtiennent leur diplôme nous disent d’ailleurs tous qu'ils voudraient un travail avec du sens, pour une entreprise qui a une mission sociétale ».

Igor Lefebvre : « Je peux le confirmer. Depuis trois ans maintenant, Elia utilise les SDGs comme cadre pour l'élaboration d'une stratégie de développement durable. Pour les jeunes en particulier, cet engagement joue un rôle majeur dans leur venue chez nous. Mais je constate aussi un grand enthousiasme dans tous nos services lorsque je parle de durabilité aux employés. Ces valeurs communes sont une source importante de motivation, surtout à un moment où nous devons tous changer notre façon de travailler ».

Elia doit-il adapter sa stratégie de durabilité en raison de la crise du COVID-19 ?

M. Lefebvre : « À la lumière de la pandémie, nous avons discuté de nos principaux objectifs pour les cinq à dix prochaines années. La durabilité est dans le top cinq, donc elle reste certainement importante. Certaines initiatives seront probablement reportées ici et là, car notre marge de manœuvre est désormais plus limitée. Mais les SDGs restent notre feuille de route pour réaliser la transition énergétique et lancer d'autres actions, telles que nos projets LIFE qui renforcent la biodiversité dans les zones situées sous nos lignes à haute tension. »

En tant qu'entreprise, Elia est-elle mieux équipée pour faire face à cette crise grâce à votre stratégie de durabilité ?

Lefebvre : « Je pense que oui. L'un des piliers de notre stratégie est la diversité et l'inclusion, sur la base du SDG 10, ce qui signifie engager la meilleure personne au meilleur endroit, quelle que soit son origine. Je suis convaincu que nous permet d’avoir des employés d'un niveau particulièrement élevé ».

« Un autre pilier est basé sur le SDG 16 et traite de la manière dont nous impliquons les parties externes, telles que les résidents, les municipalités ou les fédérations agricoles, dans nos nouveaux projets d'infrastructure. Ce dialogue constant avec les parties prenantes nous donne beaucoup d'informations sur ce qui se passe dans la société. Dans le cas de la crise du COVID-19, il s'agit de faire en sorte que chacun puisse compter sur le réseau pour travailler depuis son domicile. Notre mission devient alors très littérale : "Garder la lumière allumée" ».

Gaelle Janssens de The Shift : « La crise du COVID-19 a perturbé nos vies, mais offre également la possibilité d'un changement radical. Nous devons faire des choix intelligents, fondés sur une nouvelle vision de l'entrepreneuriat durable. Les SDGs doivent être intégrés dans le core business des organisations car, en contribuant à les atteindre, c'est non seulement un moyen pour réduire ses impacts négatifs, mais également pour contribuer positivement, et avec un impact beaucoup plus important, à la réalisation des SDGs ».

« Nous sommes convaincus que les SDGs serviront plus que jamais de cadre global pour la reprise de notre économie. Notre objectif est de lancer une discussion avec nos membres sur les défis et les meilleures pratiques pour mettre en œuvre les SDGs plus rapidement et nous assurer de ne pas revenir au business as usual ».