Objectifs de Développement Durable : engagements de surface ou outils concrets d’opérationnalisation ?

Sustainable Development Goal(s): 17. Partnerships for the goals

Priorities for change: Transversal
Objectifs de Développement Durable : engagements de surface ou outils concrets d’opérationnalisation ?

Depuis le lancement en 2015 des Objectifs de Développement Durable (ODD ou SDGs en anglais), de plus en plus d’initiatives, partenariats, plateformes et outils voient le jour afin d’atteindre leur réalisation à l’horizon 2030. Le SDG Forum en est un exemple, et sa troisième édition, organisée les 28 et 29 octobre derniers, a permis de présenter un éventail de ces initiatives et outils inspirants. Cette édition tombe à un moment charnière pour les SDGs : d’une part, sa tenue en 2020, à tiers-parcours du Programme 2030 pour le Développement Durable, permet d’en faire un premier bilan, et d’autre part, alors que le monde est profondément touché par la crise du coronavirus, elle nous rappelle l’importance de bâtir des sociétés et des économies résilientes. Son adaptation online a forcé les organisateurs à miser sur l’inclusivitéetl’interaction pour en assurer la réussite. Tout au long du SDG Forum, les nombreux ateliers ont été l’occasion de démontrer que ces objectifs sont de plus en plus connus et compris au niveau international, mais aussi inclus dans le mode de fonctionnement d’un nombre croissant d’acteurs soucieux de travailler ensemble et, surtout, de passer à l’action.

Reconstruire un monde meilleur suite à la crise et remobiliser l’énergie de tous les acteurs investis dans la mise en œuvre des SDGs, voilà d’entrée de jeu les mots de Sa Majesté La Reine Mathilde, ambassadrice belge des SDGs, dans son discours d’introduction solennel et inclusif. Les SDGs de, pour et par tout le monde : c'est justement la ligne de conduite de cette troisième édition organisée par 19 organisations issues des secteurs public, associatif et privé*, déterminées à faire en sorte que ces deux jours, malgré leur caractère virtuel, offrent l’opportunité aux entreprises, ONG, institutions académiques et décideurs politiques de se rencontrer et d’échanger autour d’ateliers interactifs, débats et tables rondes.

*The Shift asbl, The Global Sustainable and Innovation Community (Gstic), The United Nations Institute For Training and Research (unitar), Brussels Enterprises Commerce & Industry (BECI), Antwerp Management School (AMS), La Fédération des Entreprises de Belgique (FEB), Associations21 pour un développement durable, MVO Vlaanderen, Stichting voor toekomstige generaties, Universiteit Antwerpen, Vlaams netwerk van ondernemingen (Voka), Federaal Instituut voor Duurzame Ontwikkeling, Association des villes et des communes flamandes (VVSG), Vereniging voor de Verenigde Naties (VVN), Perspective 2030 - 11.11.11, Vereniging voor de Verenigde Naties Jongeren (VVN Youth), Union Wallonne des Entreprises (UWE), La Région Wallonne, Le Service de lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale.

SDGs 5 ans après : vers la concrétisation de ces engagements internationaux ?

Les 17 SDGs, déclinés en 169 cibles précises, ont été définis par les Nations Unies en 2015 pour les acteurs publics et privés au niveau international, dans l’optique de répondre de façon concrète aux grands défis sociétaux de notre temps : changement climatique, dégradation de l'environnement, du chômage, de la pauvreté, des inégalités sociales… Des objectifs environnementaux, sociaux et de gouvernance sont donc progressivement entrés dans les lignes directrices des principaux acteurs de la société et se sont cristallisés par une volonté d’agir pour avoir un impact positif à tous les niveaux de la société. Bien qu’ils ne bénéficient pas de valeur contraignante et qu’ils soient parfois vus comme un référentiel « flou » ou comme une simple étiquette apposée à un programme (parfois même dans une optique de greenwashing), ces objectifs ont le mérite d’offrir un cadre clair orienté vers un horizon perceptible2030 – se présentant comme une « grille d’évaluation de la durabilité », tant pour les institutions publiques que pour les entreprises et organisations de la société civile.

Malgré le réel vent de changement qu’ils ont déjà insufflé pour un grand nombre d’acteurs, les résultats concrets des SDGs sont encore en demi-teinte et leur progression encore insuffisante : des progrès sont constatés dans certains domaines (extrême pauvreté, accès aux soins, accès à l’électricité), des reculs dans d’autres (malnutrition, inégalités, climat, biodiversité, développement économique)*. Les 26 ateliers ont été l’occasion de voir que ces objectifs inspirent de plus en plus d’acteurs à poursuivre leurs activités de façon plus durable, plus responsable et plus résiliente mais, surtout, les poussent à exploiter les outils existants pour agir. Illustration avec deux ateliers orchestrés par The Shift, co-organisateur de l’événement.

*Rapport d’avancement 2019 sur l’atteinte des SDGs

Belgian Alliance for Climate Action (BACA)

Lancée officiellement le 12 octobre 2020 par The Shift et WWF, la Belgian Alliance for Climate Action (BACA) témoigne d’une volonté partagée par de nombreux acteurs d’agir en faveur du climat. Cette plateforme s’adresse aux organisations belges souhaitant formaliser leurs ambitions climatiques grâce à des objectifs scientifiquement validés (Science Based Targets – SBT), à savoir des objectifs concrets et mesurables de réduction d’émission de gaz à effet de serre (GES).

Pour adhérer à cette communauté engagée pour l’action climatique et participer activement aux événements de la plateforme, les organisations sont invitées à signer un pledge et à rejoindre The Shift, le réseau belge de la durabilité. Les organisations disposent ensuite d’un an pour signer une lettre d’engagement auprès de Science Based Targets initiative (SBTi). Enfin, au cours des 24 mois suivants, les signataires doivent définir et faire valider leurs objectifs pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Ceux-ci devant être alignés avec les objectifs de l’Accord de Paris qui, rappelons-le, a institué une limite de réchauffement planétaire à 1,5°C au-dessus des niveaux préindustriels.

La Belgian Alliance for Climate Action se base donc sur une méthodologie reposant sur des objectifs scientifiques (SBT). Lors de l’atelier, The Shift a souligné à quel point ils souhaitent que le projet soit rejoint par des acteurs montrant un engagement sérieux en faveur du climat, sans restriction de taille ou de secteur. Toute organisation est encouragée à rejoindre la BACA et à l’enrichir de son expérience. Et si certaines organisations ont déjà des SBT définis et validés, la véritable valeur ajoutée de la BACA est de les aider à progresser et à atteindre leurs objectifs grâce au partage de connaissances, à l’échange de bonnes pratiques, et à la mise en réseau. Le projet, imaginé il y a tout juste un an, compte déjà 60 membres et ne compte pas s’arrêter là : dans les mois  à venir, The Shift et WWF veulent renforcer la BACA en proposant un programme riche et inspirant, adapté aux défis rencontrés par ses membres. En rejoignant la plateforme et en mettant en pratique ses engagements, chaque membre fait un acte fort pour la réalisation du SDG 13 qui consiste à prendre d’urgence des mesures pour lutter contre les changements climatiques.

Des outils de transformation des chaînes d’approvisionnement

Cet atelier, chapeauté par la Fédération des Entreprises Belges (FEB) et par The Shift, a été l’occasion de relever un constat plutôt paradoxal : sur l’index des SDGs évalué par le Sustainable Development Solution Network, la Belgique apparaît au 11ème rang, un classement plus qu’honorable. Pourtant, si l’on observe l’index Spillover qui prend en compte les impacts externes liés à la consommation belge, elle n’obtient que la 149ème place. Ceci signifie qu’une bonne partie de ces impacts se passe hors des frontières du pays. C’est la partie la plus difficile à gérer. Evaluer l’atteinte des SDG d’un pays exclusivement sur son territoire a donc peu de sens, raison pour laquelle les partenariats (SDG17) internationaux sont impératifs.

 

Ainsi, les entreprises belges ou qui opèrent en Belgique ont une responsabilité sur les conditions de production des matières premières ou produits transformés qu’ils sourcent depuis l’étranger. Ceux-ci peuvent passer par de (très) nombreuses étapes de production et de transformation dans des régions éloignées du monde et parfois presque autant d’intermédiaires, ce qui rend le traçage des biens particulièrement difficile. Pour aider les entreprises dans ce processus complexe d'identification et de gestion des risques sociaux, environnementaux et de gouvernance tout au long de leur chaîne d’approvisionnement, des outils et des méthodologies concrets existent et sont de plus en plus accessibles. Cet atelier a ainsi été l’occasion d’en présenter quatre : les lignes directrices de l'OCDE, le SDG Compass, le SDG Action Manager et le Accountability Framework. Pour cela, les organisateurs ont fait appel à des représentants de quatre organisations internationales : OECD, WBCSD, B-Lab et Rainforest Alliance. L’application de ces outils permet aux entreprises d’enclencher un processus de diligence raisonnée, c’est à dire d’identification des risques sociaux et environnementaux tout au long de leur chaîne d’approvisionnement afin de les rendre durables et de s’aligner sur les SDGs.

 

Cette édition 2020 du SDG Forum l’a bien mis en évidence : les choses évoluent sur plusieurs fronts pour accélérer la transition sociale et écologique bien que beaucoup reste à faire. Les consommateurs exigent davantage de durabilité et de transparence à l’égard des produits et services qu’ils achètent, les institutions publiques mettent en place le cadre nécessaire pour atteindre les SDGs, des universités partagent leur savoir sur les meilleurs manières d’avancer, la société civile sensibilise, met la pression et relaie l’information et des entreprises s’engagent progressivement à avoir un impact sociétal le plus durable possible. Les nombreux acteurs, publics ou privés, qui s’investissent afin d’atteindre les SDGs sont une grande source d’inspiration pour tous, ils établissent la nouvelle norme et élèvent le niveau pour chaque action qu’ils entreprennent. Qu’il s’agisse d’initiatives collectives de parties prenantes travaillant ensemble pour atteindre des objectifs communs tels que BACA, ou d’acteurs décidés à maîtriser leurs impacts à leur niveau grâce à l’application des outils existants, les engagements se concrétisent. Les parties prenantes l’ont bien compris : seule une collaboration étroite et un recours à des outils concrets pourront garantir des résultats probants et des chaînes d’approvisionnements durables. L’heure est désormais à l’action. Vivement faire le point, en personne, lors de l’édition 2021.

Rédaction : Apolline Stockhem